Comme disait la chanson de Maxime Leforestier, être né quelque part est toujours un hasard.
Pour autant, il y a des hasards qui sont plus « hasardeux » que les autres , donc rien n’est moins sûr et finalement être né dans la Caraïbe dans un contexte historique particulier relève plutôt du rendez vous existentiel.
Si pour beaucoup, vivre là ou ils ont vu le jour relève d’une logique tout à fait naturelle, pour d’autres, migrer ailleurs pour des raisons aussi divers que variés peut s’imposer souvent comme une contrainte économico/sociale.
Cependant, tous ceux qui ont fait le choix du vivre ailleurs, gardent toujours à l’esprit, cet espoir du retour au pays natal, qui paradoxalement les aide à s’intégrer ailleurs.
C’est si vrai que même le grand poète martiniquais Aimé Césaire avait consacré un bel ouvrage sur le sacro-saint retour au pays natal.
Mais ce retour tant rêvé, et pour ce qui qui concerne les antillais, peut cacher des singularités que l’on ne devine pas, et qui font le lit d’une surprenante désillusion.
Cet essai sera consacré en partie au retour vers la Martinique, d’un « Negzagonal » qui a toujours rêvé du grand soir.
D’abord, il convient d’être clair, cette désillusion du retour au pays natal peut concerner beaucoup de gens. Et on peut même le constater chez des français, qui vivent parfois la même chose, alors même qu’ils se trouvent dans un contexte régional.
Autant vous le dire tout de suite, pour revenir vivre en Martinique (ou en Guadeloupe) après un très long séjour ailleurs , il faut une sacré dose d’abnégation, qui relève du passionnel . Pour beaucoup , il s’agira même de redécouverte voir réintégration . Pour autant , si vous prenez un tant soit peu le temps de vous intéresser à la question, vous allez constater que ceux qui reviennent forment une très petite minorité. Et le déficit démographique que connait la Martinique actuellement, démontre parfaitement ce constat.
Contrairement à la légende, le fils prodigue n’est pas attendu et vous verrez que paradoxalement on lui fera comprendre qu’il aurait mieux valu qu’il reste où il était . Mais pourquoi donc, puisque de plus en plus d’exogènes viennent s’installer aussi ? C’est en répondant à la question que vous allez débusquer cette désillusion qui vous envahira très rapidement .
La Martinique est un pays très clivant , le colorisme et la glotophobie sont des fléaux très facilement détectables.D’abord le martiniquais n’aime pas grand monde , encore moins lui même et bien entendu ses semblables. C’est ainsi qu’il va pointer du doigt tous les afro descendants de la Caraïbe venus s’installer sur place . Mais vous allez rapidement constater qu’il aura une quasi prédilection pour les « negzagonaux » (Ex négropoles) qui auront pris le chemin du retour . Vous entendrez assez souvent un » Zot ki sôti » en France » qui sonnera comme un reproche à peine déguisé.
Mais comment fait il pour les reconnaître ? Posez vous la question sur ce qui se passe ailleurs et vous allez comprendre . Comment un irlandais catholique fait il pour reconnaitre un autre de confession protestante ? C’est un peu la même chose et les critères assez surprenant d’ailleurs ne manquent pas .
Vous avez compris, le martiniquais va mener la vie dure au negzagonal qu’il va même comparer à ce qu’il appelle un métro , mais dans une certaine mesure, car il se s’attaquera point du tout à ce « métro » . Au point que ces français venant en masse de l’hexagone pour s’y installer ne se plaindront jamais. Au contraire . Ils vont même vous jusqu’à dire que l’île est très sécurisante, et d’ailleurs personne ne s’attaque pas à eux . Cela s’explique aussi par le fait qu’ils vivent exclusivement entre eux, mais pas seulement .
Il suffit juste d’observer leur rapport avec les autochtones et les « courbettes » qui sont faites à leur endroit, pour comprendre l’assurance dont ils font preuve dans cette île. Une contrée lointaine qui pour eux n’est ni plus ni moins qu’un prolongement de la France, car leur façon d’évoluer n’est pas si différente que celle qu’ils auraient dans l’Aveyron et dans l’Ardèche .
Leur regard sur la population, n’a rien à envier à celui qu’ils ont sur les immigrés dans leur pays. Un sociologue de passage à la Martinique avait osé poser la question à l’un d’entre eux sur cet apartheid de fait qu’ils pratiquent presque naturellement en vivant sur place . La réponse fut assez surprenante . » Le mot apartheid serait forte selon lui, mais dans l’absolu, ils les français sur place et en général, trouvent le fossé culturel trop important, et leur rapport avec les autochtones ne mènerait à pas grand chose, voir les conduirait vers une forme de régression » Tout est dit .
Et l’autochtone, le martiniquais himsel dans tout ça ? En bien rien !!! Trop occupé par des ennemis imaginaires qui lui ressemblent d’ailleurs . ( Haïtiens, nezagonaux et autres ) .Mais pire encore, alors qu’il fustige à longueur de journée cette France coloniale, secrètement, il préfère que le chef soit blanc, un phénomène bien connu que l’on observait à l’époque de l’esclavage .
Le chef ne peut pas être comme lui, venant de la cale de ce même bateau, pas une tête ne doit dépasser, tous doivent rester au même niveau de soumission . C’est d’ailleurs pour cette bonne raison que l’état français n’est nullement gênée dans ses affectations de cadres blancs à la Martinique. Bien aidé en substance par les nombreux problèmes que causent les rares affectations d’un cadre originaire du pays .
Normal, les martiniquais sont très forts dans l’autoflagellation, voir l’autodestruction. Il ne se passe pas un jour où ils ne tuent pas l’un des leurs, et vous n’aurez même pas la moindre agression à déplorer pour ce qui concerne les « blancs » .Ce qui explique leur tranquillité et leur sentiment de sécurité, contrairement au reste de la population qui vit au contraire dans une insécurité permanente .
Un praticien de renom prétendait récemment que la Martinique serait un vaste hôpital psychiatrique à ciel ouvert . Des regards fut médusés, mais compte tenu de ce qui se soumet à l’observation du profane, on peut au moins se poser la question.
Comme toujours beaucoup pointent du doigt l’après COVID, mais cette issue vers la facilité ne doit occulter le fait que les martiniquais sont dans un processus d’auto destruction qui les empêchent de voir les problèmes auquel ils sont confrontés.
A commencer par la mutation de la population de ce pays et les nombreux problèmes insolubles du foncier qui leurs échappent . Or tout le monde sait que lorsque le foncier vous échappe, c’est votre identité même qui se meure ..Fort de ce constat, il paraît évident que la Martinique se dirige vers des lendemains incertains, encore plus incertains, compte tenu de sa proximité avec les Etats unis, avec à leur tête , un Néron des temps modernes .
Markus Delgrès.